Je suis Jennifer. Après mon diplôme en poche, je suis partie à Shanghai pour y travailler dans une entreprise française tout en étudiant le
chinois.
L'aventure avait commencé le 10 septembre 2006 (je suis maintenant en France) et je vous invite à la vivre avec moi, en parcourant mes articles qui ont pour toile de fond la Perle de l'Orient...
| Décembre 2009 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | |||||
| 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | ||||
| 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | ||||
| 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | ||||
| 28 | 29 | 30 | 31 | |||||||
|
||||||||||
Enfin, je pense, il faut attendre la note. Mais la note, je m’en fiche un peu. Je suis là uniquement pour le plaisir et la beauté de la langue…dans un pur acte totalement désintéressé…
Beauté, beauté…Je me suis quand même pris le chou sur certains caractères bien moches et compliqués à retenir!
En soi, avoir une note me passe au- dessus de la tête. Je ne suis pas là en échange universitaire, je n’ai rien à valider. Mais un examen à l’avantage de me forcer à intensifier le bourrage de crâne. Mais attention, il faut le faire intelligemment. Mettre en route la mémoire à long terme, et pas celle de Doris le poisson rouge (qui est bleue d’ailleurs).
Alors la technique? Regarder le caractère, le cacher, l’écrire 10 à 20 fois, selon la difficulté de celui-ci, et passer au mot suivant. Quand on a fait ça pour tous les caractères, on revient au début et on recommence.
Pour mon examen, je devais réviser 9 leçons à raison de 25 mots par leçon en moyenne. Vous imaginez le chantier. Et encore, là il ne s’agissait que des mots nouveaux et pas des anciens que j’ai appris avant mais que je dois de temps en temps revoir.
Je mets une petite croix à coté des mots que j’ai du mal à retenir.
Après, on va s’aérer la tête, et on revient, un mug de thé a la main.
On refait les caractères difficiles jusqu’à ce que ce soit rentré dans le crâne.
Vous comprenez donc qu’on peut faire ça à l’infini…
Il ne faut pas non plus oublier d’apprendre pour chaque caractère le pinyin i.e. la prononciation et les tons (pour faire simple).
L’idéal, quand on s’intéresse à la langue, c’est de décortiquer le caractère. Repèrer sa clé et les différents élements qui le composent. Car chaque caractère n’a pas été fait au hasard. Et même si au final, l’ensemble des élements ne permet pas toujours de deviner le sens (ce serait trop simple…), ce travail permet de le retenir, comme un moyen mnémotechnique.
Je ne suis pas une experte en chinois et je n’ai pas envie de fouiller dans mes bouquins pour trouver les termes exacts, alors je m’excuse d’avance auprès des quelques sinophiles qui me lisent (surtout Gaelle ma coloc qui peut me taper facilement puisque qu’on vit dans le même appart).
Chaque caractère a une clé. Il faut les apprendre car il faut pouvoir les reconnaitre afin d’au moins pouvoir chercher un caractère dans le dico.
Alors les clés, il y a un peu de tout. Celles qui me viennent à l’esprit: le coeur, l’être humain, la femme, l’animal, l’insecte, le champ, la force, le métal, la lune, la main, le couteau, la soie etc etc
Alors a priori, le caractère d’un animal aura la clé de l’animal dans sa composition, une plante aura la clé du vegetal. L'inverse est plus vrai en fait. Un caractère avec la clé de l'animal a une forte probabilité de concerner un animal. Mais un animal n'a pas forcément la clé de l'animal. Bon, ça chauffe là.
J'ai vraiment bien fait de ne pas être prof moi...
Alors quand on apprend un caractère, on cherche d’abord une clé. Et même si on ne connait pas son sens, on peut deviner que tel caractère se rapproche du monde animal, de quelque chose qu’on peut tenir dans la main, de quelque chose de métallique, que c’est un sentiment etc.
Ainsi, dans le caractère du chien, il y a la clé de l’animal, dans le caractere de la monnaie, il y a la clé du metal, dans le caractère de la fleur, il y a la clé du vegetal.
Et puis il y a ensuite les associations de caractères qui débouchent sur un nouveau mot. Par exemple, le caractère de la femme + caractère de l’enfant = bien, bon
Donc, une mère près de son enfant, c’est quelque chose de bien.
Ou alors deux caractères de l’arbre = bois, 3 caractères = forêt.
Logique, non?
Mais ce n’est pas toujours aussi evident. Sinon, ce? ce? je vous laisse dire la suite: Ce serait trop simple. Oui voila, vous avez tout compris.
Je vous conseille un article du blog d’Estelle, qui vit à Pekin. Elle explique la formation des caractères et vous fait decouvrir certains assez….croustillants! Notamment autour du caractère de la femme…Vous verrez que l’écriture chinoise est plutot imagée!
Estelle et l'Empire du Milieu - "un sacré caractère!"
Alors niveau vocabulaire, mon programme concernait des histoires de mecs qui ne retrouvent plus leur vélo dans le parking, d’une nana qui va accompagner une délégation en visite à Shanghai, d’une autre qui prépare une teuf pour son anniversaire, d’un type qui adore apprendre ses caractères chinois à la bibliothèque, d’un autre qui raconte ce qu’il compte faire pour ses vacances, d’une fille qui va essayer des manteaux en cuir mais qui sont trop chers et d’encore une autre qui va acheter des timbres avec Mao dessus à la poste.
Les personnages ont des vies passionnantes et des hobbies vraiment bizarres, comme prendre des cours pour chanter de l’opera de Pékin ou aimer rentrer des caractères chinois dans son ordinateur.
On n’est pas loin de l’effrayante Krokodile Bande de mon bouquin d’allemand en seconde…
Ah! il y en a quand même un qui aime bien dessiner, je vais pouvoir réutiliser ça. D'ailleurs, le prof avait prévu qu'on fasse un resto, toute la classe, le 9 novembre, pour fêter l'anniversaire de 3 élèves qui sont nés en novembre. Le prof demande: "谁会画画儿吗?"Shui hui hua huar maaaaa???? (Qui sait dessiner????)
Et c'est là qu'on se rend compte qu'en fait, les amis, c'est ceux qui sont les premiers à vous trahir...Résultat, faut que je réfléchisse à un dessin que je ferai au tableau le 9 novembre...C'est bien, j'ai l'impression de faire des petits come back avec le CE1 Vert (c'était ma classe). Le prochaine fois, on fait un goûter aussi?
Apprendre les caractères chinois a quelque chose de sacerdotale. Même s’il y a souvent de moments de découragement. Mais comme on n'est entouré que de caractères chinois, dans la rue, à la fac, au boulot, au supermarché, plus on progresse, plus on déchiffre le monde qui nous entoure. “Ahhhh???? C’etait donc du chien??!!!!”
Vous allez me dire que c'est pareil dans tous les pays...Oui, mais il y a quand même une différence, car ici, au Japon, ailleurs, c'est vraiment très très frustrant de ne pas pouvoir lire, même sans comprendre. C'est handicapant même pour les choses les plus simples. En Italie, vous pouvez dire le nom de la station de bus que vous cherchez. Ici, si vous ne savez pas comment se lisent les caractères du nom de la station, c'est un vrai problème. Enfin, non, je dis n'importe quoi, car vous pouvez quand même montrer les caractères à quelqu'un qui vous indiquera le chemin. Alors le pire c'est sans doute de n'avoir que le pinyin et pas les caractères. Quand on pote vous dit:" prends un taxi et va à SiPing Lu". Oui pas compliqué, mais si vous le prononcez mal, le taxi ne vous comprendra pas. Et comme vous n'avez pas les caractères, vous ne pouvez pas les montrer au taxi. Bref, vous restez sur le trottoir et vous pleurez. C'est ce qui m'est arrivé à Hangzhou: pas le nom de l'auberge et de la rue en caractères chinois. Bah c'est sportif!!!
Et même dans les pays où la prononciation est difficile comme le pays des mots avec 4 consonnes qui se suivent (la Pologne, n'est-ce pas Alban?), il y a toujours un moyen d'écrire vite fait le nom de la rue.
Un sacerdoce, je vous disais...
Comme il est impossible de lire tant qu’on n’a pas appris le caractère, on comprend petit à petit ce qu’il se passe autour de soi…Comme si chaque jour, on se prenait un peu plus pour Champollion.
On se surprend à écrire un caractère sur la paume de sa main (gauche pour moi car je suis droitière) car on a eu soudainement un doute sur celui- ci, alors qu’on y pensait sans raison, assis au fond d’un bus…
On est tout content de pouvoir prononcer la transformation chinoise de Danone, Coca, Pepsi, Mac Donalds…
On est fier de pouvoir comprendre une publicité pour une agence immobiliere qui vous promet une nouvelle vie.
On est heureux de reconnaitre des aliments sur les produits qu’on achète au supermarché…
On peut préparer une couette pour l’hiver avec toutes les feuilles utilisées pour les lignes de caractères…
On devient maniaque des stylos à bille à pointe ultra fine, pour pouvoir écrire les caractères avec une précision extrême.
On raye violemment un caractère en ralant car on le trouve pas assez équilibré.
On grimace en déchiffrant l’écriture illisible du prof en réussissant à deviner les caractères car on commence à être familier avec “ce qui pourrait être du chinois”. "Ah, non, ce trait là, c'est pas possible..."
Et on est excité toute la journée quand on a réussi à se faire comprendre, SANS FAIRE DE GESTE, au restaurant, à la poste, dans le taxi ou avec la mémé dans le bus qui vous demande d'où une jeune fille aussi polie vient, parce qu'on vient de se lever pour lui laisser sa place...