Ici, il est 00h57, mon train est à 8h20, et je n'ai toujours pas fait mon sac...
Je pars pour 4 jours à Hangzhou, au milieu de la foule de touristes chinois qui profitent de cette semaine de congés nationale pour voir du pays.
Espérons que je n'aurais pas envie de taper du guide branché sur haut-parleur et que je n'aurais pas envie de jeter un touriste dans le grand lac...
Je vous promets de mettre des photos, trop rares sur ce blog. Argentique, quand tu nous tiens.
A bientôt!
Jennifer
Vendredi matin, en arrivant en classe, on m'annonce que "ce serait quand même trop sympa tip top trop cool de faire un repas avec les gens de classe, pour mieux se connaître.Hé! Mais pourquoi pas ce midi???"
Je me sens vieille...C'est vrai que j'adorerais mieux connaître cette petite Coréenne habillée en poupée manga, avec des petits bonhommes pendus à ses boucles d'oreilles...Toutes ses affaires de cours sont roses, comme ses chaussettes. Quand je la vois, je me demande à chaque fois ce qui a pu se passer pendant son adolescence pour vénérer encore les couettes et les rubans multicolores...
Allez oui, allez hop, Ok, je serai de la partie.
Sur le chemin pour aller au resto, une Thaïlandaise me demande si c'est vrai que les Français, quand ils mangent par exemple une viande, avec des légumes et du riz, et bien, il faut qu'ils plantent tout en même temps dans la fourchette.
Je me demande bien d'où elle tient ça...Elle a dû zapper sur TV5 Monde et tomber sur une émission de Lagaff. Je lui réponds que certains le font, mais ce n'est pas être Français, c'est être un morfale, ou un Adrien ;-)
Nous sommes environ une douzaine autour de la table: 3 Thaïlandais, 1 Coréen, 1 Indonésienne, 3 Français (on va essayer de se retenir de planter toute la nourriture sur nos baguettes), 2 Allemands, 1 Canadien.
Notre camarade coréen ne parle pas anglais, ce qui nous oblige à parler chinois, avec ses variantes: le frannois (mélange de français et de chinois), le frenghlish, le thaïnois ou le thaïglish etc.
Nos conversations tournaient autour de notre programme pendant la semaine de vacances nationales, nos origines etc. Mon voisin thaïlandais me demande ce que je pense du Da Vinci Code. Mouii..qu'est ce que ça vient faire ici? Ah oui, l'action se déroule pour une grande partie à Paris. Et qui dit Paris, dit France, et dit ma voisine de table.
Comme j'ai détesté le film, j'ai peur de le blesser si je lui dis que j'ai dormi sur l'épaule d'une copine pendant les 3 heures de film...Alors par prudence (ou par politesse au choix), je lui demande son avis et me dit qu'il n'a pas aimé le film mais que le livre est très bien. Etrange, parce que le film est l'exacte réplique du livre. Peut-être parce que dans le livre, on nous inflige pas du Jean Reno...
Il me demande aussi si je crois en la thèse de Dan Brown. Celle qui dit que Jésus ne s'est pas seulement fait laver les pieds par Marie- Madeleine? Bah...pourquoi pas? La chair est faible...
Pendant le repas, avec mes potes français, on remarque que les petites indonésiennes et thaïlandaises sont drôlement intéressées par le Coréen non anglophone. C'est mignon, les flirts dans les cours de récré de la 3ème B...Je remarque que les techniques n'ont pas changé..
Comment ça je suis cynique?? :-)
En tout cas, repas bien sympa. Bon, toujours impossible de retenir les prénoms. Déjà que j'ai du mal en France, alors des prénoms à consonance asiatique, c'est trop demandé pour mon Alzheimer...
Le café...Une histoire d'amour qui a débuté pendant mes études
acharnéesparisiennes....Et à chaque endroit où je vais, je m'adapte. En ce moment, mon rituel quotidien est de prendre un café à la pause à la fac. Mais attention, du café au lait sucré en cannette, donc froid. Vu qu'ici il fait encore chaud, ça ne pose pas trop de problème. Et tout le monde aime les frappucino de Starbucks...Sauf que ça n'a pas vraiment le même goût...Mais quand on est accro au café, on l'est pour la vie, et on s'adapte. L'adaptation, ingrédient nécessaire à toute idylle...
Au boulot, il n'y a pas de machines à café donc j'ai apporté mon mug, avec ma dose de café instantané. Ce n'est pas une très bonne idée car du coup, j'en bois 3 fois plus...Mais tant que je tremble pas et tant que je n'ai pas de palpitations, je ne m'inquiète pas. Pourtant, j'ai eu des antécédents. Mes anciens camarades de classe se souviendront d'une soudaine poussée de Parkinson lors d'un exposé en droit des affaires...Nan! Ce n'était pas le stress, mais un abus matinal de café! Ca fait deux ans que je me tue à le leur dire...
Habituée donc des machines où l'on boit son café plutôt rapidement, je découvre une nouvelle vision de mon idylle depuis que je la consomme dans un mug : boire mon café tiède voire froid. Oui, parce que plongée dans
mes rêvasseriesmon travail, il m'arrive de l'oublier. Et lors d'un étirement, je l'aperçois, en boit une goutte et fait la grimace, celle que j'appelerai "la-grimace-du-café-froid-et-pas-bon-de-surcroît"...Autre événement, j'ai testé le café chaud de la fac. Ne faîtes jamais la même erreur que moi...C'est l'équivalent de 3 mugs, à boire avec une paille. La couleur hésite entre le beige et le marron. Je goûte, violente grimace, celle de " décidemment-le-café-en-Chine-c'est-pas-ça". Trop dosé ou pas assez, je n'arrive pas à le savoir. J'en bois la moitié difficilement (il faut amortir le prix) et jette le reste à la poubelle. Je n'ai pas réussi à le refiler, tous mes potes ont vu ma grimace. Ils la connaissent aussi, pour être passés par là...
A mon grand désespoir, je m'en tiendrai désormais au café froid, en cannette à la fac, ou au fond de mon mug au boulot....
Heureusement, certaines rencontres apportent son lot de surprises et cet après-midi, j'ai pu siroter un délicieux café passé en cafetière, calée dans un fauteuil d'un appart à expat, en regardant les bateaux sur le Hangpu...
L'amour est éternel...
Hier, avec deux amies de ma classe, nous sommes allées au bureau des études françaises de ma fac, l'élite francophone. Nous avions entendu dire que ces étudiants quasiment bilingues voulaient rencontrer des Français, pour échanger en français et en chinois.
Nous trouvons le bureau et nous toquons à la porte. La porte s'ouvre, une monsieur nous accueille. Il parle français.
Nous entrons dans son bureau. Violente odeur de cigarettes. Deux fauteuils séparés par une petite table surlaquelle des journaux s'empilent. Dans un coin, une bassine, avec du savon. Avec les stores aux fenêtres, on se croirait vraiment dans le bureau d'un détective privé d'un film américain des années 50.
Il nous invite à nous asseoir, tout en se jetant sur l'un des fauteuils. Nous n'osons pas en faire autant et plus discrètes, nous prenons des chaises. Il s'allume un petit cigare, respire un bon coup, et nous dit qu'il est heureux de rencontrer des Françaises qui veulent échanger avec ses étudiants. Il nous demande direct si on est à Science- Po, ou, le cas échéant, quel master on prépare. Nous lui disons que nous sommes toutes diplômées et que nous sommes ici pour apprendre le chinois et travailler. Ses étudiants font partie de l'élite francophone et beaucoup tentent d'intégrer Science Po ou HEC, en langue française. Chapeau.
Il nous demande de quelle région nous venons. "Ah! Compiègne! Ils ont signé l'armistice dans la forêt. Ah et le château!"
Il nous apprend que Notre Président sera en Chine le mois prochain et qu'il faut qu'on se prépare à voter au consulat en 2007.
Nous devons partir, alors il prend nos coordonnées pour les donner à ses étudiants. Il nous tiendra aussi au courant des conférences qui ont lieu, tenues par des universitaires ou directeurs d'école françaises.
Quand nous ressortons, j'ai l'impression d'avoir visité une cave à opium du siècle dernier....Donc il en existe bien encore! :-)

