Hier, avec deux amies de ma classe, nous sommes allées au bureau des études françaises de ma fac, l'élite francophone. Nous avions entendu dire que ces étudiants quasiment bilingues voulaient rencontrer des Français, pour échanger en français et en chinois.
Nous trouvons le bureau et nous toquons à la porte. La porte s'ouvre, une monsieur nous accueille. Il parle français.
Nous entrons dans son bureau. Violente odeur de cigarettes. Deux fauteuils séparés par une petite table surlaquelle des journaux s'empilent. Dans un coin, une bassine, avec du savon. Avec les stores aux fenêtres, on se croirait vraiment dans le bureau d'un détective privé d'un film américain des années 50.
Il nous invite à nous asseoir, tout en se jetant sur l'un des fauteuils. Nous n'osons pas en faire autant et plus discrètes, nous prenons des chaises. Il s'allume un petit cigare, respire un bon coup, et nous dit qu'il est heureux de rencontrer des Françaises qui veulent échanger avec ses étudiants. Il nous demande direct si on est à Science- Po, ou, le cas échéant, quel master on prépare. Nous lui disons que nous sommes toutes diplômées et que nous sommes ici pour apprendre le chinois et travailler. Ses étudiants font partie de l'élite francophone et beaucoup tentent d'intégrer Science Po ou HEC, en langue française. Chapeau.
Il nous demande de quelle région nous venons. "Ah! Compiègne! Ils ont signé l'armistice dans la forêt. Ah et le château!"
Il nous apprend que Notre Président sera en Chine le mois prochain et qu'il faut qu'on se prépare à voter au consulat en 2007.
Nous devons partir, alors il prend nos coordonnées pour les donner à ses étudiants. Il nous tiendra aussi au courant des conférences qui ont lieu, tenues par des universitaires ou directeurs d'école françaises.
Quand nous ressortons, j'ai l'impression d'avoir visité une cave à opium du siècle dernier....Donc il en existe bien encore! :-)
Comment exercer son chinois, à part dans les restaurants pour commander des plats ou en essayant de comprendre ce que veut dire la dame de l'électricité qui sonne à 8h à la maison, un dimanche matin?
Réponse: se taper la discut' avec le monsieur de la poste, qui sonne aussi à la maison.
Hier midi, seule dans mon grand appartement, je me prépare à partir au boulot quand l'interphone se manifeste. Bon, pas de doute, c'est un Chinois, car il garde le doigt appuyé... Moment d'angoisse, nan je vérifie, Gaëlle n'est pas là, je ne suis pas du tout au courant de nos impayés de factures, il va falloir que j'affronte quelqu'un de très énervé, en essayant de dire un truc du genre:" mais on vient d'emmenager, les factures ne sont pas pour nous, l'agence s'en occupe".
Mmmm...bon, je décroche quand même l'interphone, la main tremblante. J'entends:
"BLA BLA BLA BLA BLA"
"je ne comprends pas"
"RE: BLA BLA BLA BLAAAAAAAAAAAAA"
Bon, bah j'ouvre et je verrai bien. Je l'attends devant ma porte, prête à partir au boulot. Il me voit et je vois dans ses yeux qu'il est déjà fatigué rien qu'à l'idée de devoir me parler...
hé hé, mais j'ai plus d'un tour dans mon sac! Il me montre le nom et je lui dis que ce monsieur n'habite pas ici. Mais impossible de lui expliquer que ce monsieur n'habite plus ici justement parce que nous y habitons maintenant. Il voyait pas le lien...
" pas de chinois ici. Nous sommes 3 Français et pas s'appeler comme ça" (bon vous vous doutez bien que je bafouille là...)
"ahhh d'accord d'accord....BLA BLA BLAAAAAAA...d'accord d'accord"
ouf c'est bon. J'appelle l'ascenseur et on monte tous les deux dedans.
"Bon et pourquoi tu es venue à Shanghai? tu es étudiante?"
"oui, j'étudie le chinois"
"AHHH.....BLA BLA BLAA....c'est bien! Dans quelle université??"
"L'université des langues étrangères"
"AAHHH d'accord, et donc là, tu vas en cours?"
"Nan, là je vais travailler. L'après midi je travaille dans une entreprise française. Et le matin, je vais à l'école"
"BLA BLA BLA BLAAAAAA??"
"je comprends pas...parle plus lentement"
"B L A... B LA... B L AAAAAA?"
"non, je comprends pas ce que tu racontes. Désolée"
"BAH! Bonne journée alors!"
"OK merci, au revoir!"
Voila, bien pratique quand on n'a pas le temps de parler chinois avec d'autres gens. La prochaine fois, je lui parle de ma famille, ça me fera réviser ma leçon de cette semaine! :-)
Je ne les supporte plus, je les hais, quand j'en croise un dans la rue, dans un bus, dans ma salle de classe, au boulot, je me retiens de leur taper dessus: les climatiseurs....
Je veux bien que par des températures élevées ces petites bêtes là soient bien pratiques. Ca permet au moins d'empêcher que la température dépasse les 40°, motif d'interruption du travail. C'est pour ça qu'en Chine, même quand on n'a plus de sueur tellement on transpire, na, na, na, il ne fait jamais plus de 40°. J'aimerais bien l'avis des ouvriers qui construisent des immeubles en plein cagnard...
Mais je vais dire un vérité générale comme une Miss Picardie en aurait dit une:" Je préfère avoir chaud que tomber malade et me moucher toutes les 10 minutes! Et je suis contre l'injustice, Jean- Pierre."
Voilà, depuis mon violent coup de froid dans le bureau de ma chef jeudi dernier (là fois où j'ai eu les doigts bleus), je ne supporte plus le moindre souffle d'un climatiseur. Dès que je le sens, mes yeux se gonflent, pleurent, ma gorge me gratte, j'éternue ( c'est quoi le bruit de l'éternuement en Chine d'ailleurs? car je continue à faire mon ATCHOUM national) et ma consommation de mouchoirs en papier va bientôt faire exploser mon budget mensuel. C'est ce que j'aurais du répondre à ma collègue quand elle m'a demandé ce que j'allais faire de mon premier salaire: me faire sponsoriser par Kleenex....
C'est pareil partout, en salle de classe, dans les bus.....Bref, on ne peut pas y échapper....
Je comprends pas, je comprends pas. Ils mettent presque 10° de différence entre l'extérieur et l'intérieur! Comment ne pas choper la mort avec ça??? Et le pire, c'est quand je suis en train de grelotter (bon,ok j'exagère un peu) et que je croise quelqu'un avec un pull....J'ai des violentes pulsions meurtrières dans ces cas là.
" dites donc, la grande Française là, elle a un regard bien haineux..."
Pour satisfaire la curiosité de certains, répondre aux questions d'autres, je vais vous décrire une journée normale de mon existence trépidante.
Le matin, le réveil sonne à 6h30, mais je suis souvent sous la douche à ce moment là. Je me lève en fait avec les 1eres lueurs du jour, entre 5h et 6h. Aujourd'hui, c'était 5h. Je me réveille, j'ouvre les rideaux et voici ce que je vois: la vue de ma chambre.
Tout ce que vous voyez là, bientôt, ca n'existera plus, les petites maisons, les petits immeubles...A l'entrée de la résidence, on peut admirer les maquettes de la future résidence qu'il y aura bientôt. Un ensemble d'une dizaine d'immeubles, avec de la verdure etc
:-/ ...
Toujours délicat de parler de ça, surtout quand on vit dans un immeuble qui a aussi rasé des quartiers entiers et a séparé des vieux partenaires de mah jong qui se retrouvent maintenant en banlieue..
A 7h30, je prends le bus pour aller à fac. Il n'est pas bondé, c'est agréable. Et les "ER YUAN!!!" de la machine à pointer réveille les passagers endormis. Le matin, les gens sont moins excités au volant et les klaxons sont quand même plus rares que l'après midi. Sur la route, on voit les marchands ambulants qui vendent toutes sortes de petit-déjeuner à emporter.
A 8h, les cours commencent. Pause à 9h30. Fin à 11h20.
Dans les couloirs, les élèves fument ou crachent, au choix, ou les deux, l'un après l'autre le plus souvent. Pourtant je croyais être dans un immeuble d'étrangers? Le crachat est un truc que les mâles connaissent dans le monde entier...
Je m'offre un café en cannette parfois.
Pour le déjeuner, je retrouve Marc et Gaelle où comme je l'ai dit dans un billet précédent, nous cherchons à chaque fois quelque chose de nouveau à goûter. Mais si la veille a été trop traumatisante, on se contente pour une fois des bases: un bol de nouilles ou de riz.
Pour 3 personnes, avec une bière ou 3 cocas, on s'en tire rarement au-delà de 25 yuan (2,5 yuan) et on est souvent bien calé jusqu'au soir.
Ensuite, boulot de 14h à 18h. J'aime bien prendre le bus qui m'y emmène. Installée au fond de mon siège, je regarde cette Chine qui détruit, reconstruit, qui klaxonne, qui gueule au téléphone, qui marche doucement pour aller faire les courses....
J'admire à chaque fois cette manie des chinois de foncer sur les places libres en bousculant tout ce qui leur barre le chemin: enfant, mami, barre de fer, employée des tickets. Une fois assis et soulagé d'avoir chopé la place avant les autres, le chinois tend alors ses 2 kuai à la madame des tickets qui doit alors se lever pour aller les chercher...C'est fou ça! Dans le métro, c'est la même chose, comme si rester debout allait leur coûter un effort surhumain. Certains sont discrets, ils sont comme des chats qui t'évitent, se faufilent entre toi et la barre de métro, on entend un "fiiiouuuut", on tourne la tête, et le voilà assis. Impressionnantt. D'autres jouent des coudes (le même qui a craché tout à l'heure) pour te faire comprendre que zut! t'es qu'une étrangère, tu peux bien rester debout.
Le pire c'est quand je vois un pépé unijambiste qui entre en sautillant et que personne ne lui cède sa place...
Autre manie à laquelle je n'étais pas habituée en France: la clim. En cours, les profs la mettent. Les seuls à se lever pour l'étreindre quand vraiment on commence à avoir les doigts bleus (comment j'écris mes caractères moi???), ce sont?? les Français...Et oui, toujours les mêmes, les chieurs. Désolée, mais quand il fait plus de 30° degrés dehors et que je vois 20° écrit sur la clim, je tousse intérieurement.
Au boulot, pareil, mais en pire, j'avais la chair de poule. J'éternuais, me mouchais. Bref, aujourd'hui, j'ai mal à la tête et j'ai toujours mon paquet de mouchoirs pas loin...
Vers 18h30, je suis de retour dans mon coin. On peut faire des rencontres sympathiques. Des Chinois au bord de la rue qui t'invitent à manger avec eux, ces mêmes Chinois qui devront bientôt partir parce qu'on va raser leur maison. Ils vous prennent par la main pour vous inviter à manger avec eux. Le fait de baragouiner du chinois aide vraiment pour ce genre de rencontre. Au pire, ils vous lance un HELLOOOO!!! NICE TO MEET YOU!!!!! s'ils voient qu'on ne comprend pas.
Un petit tour dans le supermarché pour acheter de quoi dîner. Légumes sautés au wok, baozi, jiaozi,riz, ça dépend...
Révisions des cours des chinois, préparation du prochain cours, entre deux détours entre internet et une partie de rigolade avec mes colocs.
Je réserve pour l'instant le week-end pour voir la ville, le soir, pas le temps. Enfin, on verra, quand j'aurais vraiment pris le rythme. Pour l'instant, je suis très fatiguée en général. Donc le soir, on se dit:"qu'est ce que je vais aller voir ce week-end???"
MMMMmmmm....Réponse la semaine prochaine.
Bon, je vous ai tous fait des petites frayeurs quand je vous ai parlé de mes premiers cours de chinois la semaine dernière.
En fait, maintenant, tout va bien. Le problème était que j'étais arrivée en milieu de semaine, en plein milieu d'un chapitre, donc il me manquait plein de mots de vocabulaire. Alors je passais beaucoup de temps le nez dans le dico tout en essayant de déchiffrer ce que le prof avait bien pu écrire au tableau. Pas facile quand il écrit mal de surcroît....

J'ai rattrapé mon retard et je bosse tous les jours environ 2 à 3 heures, pour apprendre ce qu'on a vu aujourd'hui et m'avancer pour la prochaine leçon. Et maintenant, j'arrive bien à suivre, je comprends à peu près ce que disent les profs. Mais il faut beaucoup travailler.
Demain, j'entame les journées continues en commançant ma mission dans ma boite, donc je n'aurais plus les après-midis pour travailler tranquillement.
Et ma vie sociale dans tout ça??? Que va-t-elle devenir???
Mes journées se décomposent ainsi: lever à 6h30, bus à 7h30, cours de 8h à 11h20. Et ensuite, boulot de 14h à 18h.
Le midi, je déjeune à l'extérieur, en compagnie de Marc et Gaelle pour nos expériences culinaires (quoi que le passé a montré qu'on pouvait en faire aussi chez soi). Celle d'aujourd'hui était mémorable, on ne savait pas comment faire pour éviter de montrer qu'on n'avait rien touché...Alors on s'est forcé à manger quand même...Encore une fois, Marc m'a filmé en train de me "régaler"...Dommage, les vidéos sont indisponibles. Non, non je ne fais pas de la censure, mais il m'a filmé avec son portable et c'est difficile pour les mettre sur le blog.
Les plats? Mmmm....Des légumes, bon mangeables, mais selon la serveuse c'était le plat du siècle donc plutôt déçus. Ensuite, de la viande avec des algues ou de la vase, au choix. La couleur? Marron...Sucré en plus. J'ai dit de la viande? Non, je voulais dire du gras.
Et la cerise sur le gâteau, une soupe, sûrement de la bouillie de riz selon Gaelle, avec des boulettes (décidemment)...Un goût très prononcé dirons nous...Pour éviter de laisser le plat à peine effleuré, je me suis forcée à en manger, en essayant de sourire, mais nos voisins ne se laissent pas tromper, et se moquent bruyamment.
J'arrose de sauce soja pour faire passer le tout... Bon, le niveau à baisser d'un huitième, on dira que ça suffira.

Marc s'est tellement marré en voyant ma tête décomposée qu'il a offert le repas.
En sortant, on s'est dit que c'est un resto dont il faut noter l'adresse, pour penser à ne plus y retourner et pour y emmener nos amis qui viendront nous voir. Mais on ne leur dira rien! Hi hi hi!! Gniarf gniarf!!
Maintenant, quand on pointera au pif un plat dans la carte, on réfléchira quand même à deux fois...J'ai encore le vendre qui en gargouille de colère de lui avoir infligé ça...

